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- "De l'activité " : Introduction au dossier VEN 545

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Ce dossier se propose de rappeler des références et de réaffirmer nos conceptions

de l'activité, du sens de l'Agir et leur évolution au regard des pratiques

d'aujourd'hui dans les lieux éducatifs. C'est le sens de l'article d'Alain Gheno.

Des pratiques de l'activité aujourd'hui continuent d'afficher un écart important

avec notre conception du sens et de la mise en activité des personnes. Il y a

quelques raisons à cela, ou les conditions indispensables de notre point de vue

ne sont pas réunies ou bien parce que ces pratiques d'activités sont purement

occupationnelles ou/et consommatoires. D'autres pratiques dans le champ

des loisirs comme dans ceux de l'école et de l'intervention sociale démontrent

au contraire que l'activité dans certaines conditions est un facteur essentiel de

réalisation d'épanouissement et d'émancipation de la personne.

L'objectif de ce dossier, comme le sigle même des Ceméa nous y invite, est de

pointer à nouveau les différences fondamentales entre des méthodes d'éducation

active et des méthodes actives mais pas forcément éducatives de notre point de

vue de militants pour une éducation nouvelle.

Pour ouvrir ce dossier et situer notre propos, nous reprenons et prolongeons

ci-dessous quelques réflexions d'un groupe de travail des Ceméa dont la mission

est de veiller à la qualité des productions de notre mouvement d'éducation.

La réflexion de ce groupe* Comité

de la Charte, s'articule autour des idées suivantes :

L'une des pratiques les plus anciennes et les moins contestées pour les Ceméa

consiste à proposer des activités aux personnes, puis à conduire avec elles une

réflexion portant, au moins, sur trois aspects :

– Qu'apporte l'activité aux personnes qui viennent de la vivre ensemble sur

la connaissance d'eux-mêmes, sur celle des autres et sur le fonctionnement de

leur groupe ?

– Quels savoirs et savoir-faire les personnes ont-elles investi dans cette activité ?

– Quels savoirs et savoir-faire les personnes ont-elles construit ensemble à

l'occasion de cette activité, grâce à elle et pour la mener à bien ?

Les savoirs et savoir-faire ainsi construits concernent évidemment l'objet de l'activité

conduite : savoir faire voler son cerf-volant, comprendre le fonctionnement d'un

moteur électrique, percevoir les influences mutuelles des divers éléments d'un milieu,

mieux connaître et maîtriser son corps et son être pour libérer son expression et

sa créativité… Mais pour les militants, ces savoirs et savoir-faire concernent aussi

la situation pédagogique créée par l'animateur, l'éducateur, l'enseignant ou le formateur

et la mise en oeuvre des principes d'Éducation nouvelle dont elle est l'application.

Sommaire Inventer des situations pédagogiques adaptées à la nature

de l'activité, au public, aux moyens et à la disponibilité des personnes

Une pratique répandue consiste, dans les situations de formation, à donner d'abord les

explications dites " théoriques " et à demander ensuite aux apprenants de les appliquer.

Cette manière de faire réduit considérablement l'initiative, donc le champ de réflexion

de l'apprenant. C'est pourquoi les militants des Ceméa agissent pour une inversion des

phases du processus d'apprentissage : d'abord, faire vivre une activité en communiquant,

si nécessaire, quelques savoir-faire assurant un minimum de réussite, puis proposer une

réflexion commune sur ce vécu et permettre ainsi à chacun de se construire des savoirs.

Il est essentiel que les acteurs éducatifs que nous formons comme en premier lieu

les militants-praticiens comprennent et intègrent les principes de l'Éducation nouvelle

en prenant conscience qu'il ne s'agit pas, pour nous, d'appliquer des recettes mais

d'inventer des situations pédagogiques adaptées à la nature de l'activité, au public

auquel l'on s'adresse, au temps, au lieu et aux moyens dont on dispose, à la disponibilité

physique et intellectuelle des personnes qui composent le groupe.

Dans toutes les activités que les Ceméa font vivre aux stagiaires, ces pratiques répondent

à des caractéristiques communes, à des invariants, qu'il nous paraît indispensable de

recenser et d'analyser pour les théoriser et les généraliser en permanence. Si depuis plus

de soixante-dix ans nos principes fondateurs restent pertinents, ils nous demandent

néanmoins d'ajuster nos actions et nos discours aux réalités du monde d'aujourd'hui, aux

évolutions de la société, aux créations de la vie culturelle, à l'état de la recherche scientifique…

Ces principes doivent se retrouver aussi bien dans la conduite des actions de

formation que dans l'accueil, la vie quotidienne ou l'organisation de la vie collective et

dans la formation de bénévoles ou de professionnels à l'animation de groupes d'activité

ou de réflexion, à l'action directe avec les publics les plus divers, des délégués d'élèves

au parents et aux élus, en passant par les ateliers-relais et les organisateurs d'ACM.

Pour chacun de ces domaines nous avons déterminé les situations sur lesquelles nous

agissons. Pour rester crédibles, nous sommes à l'écoute du langage d'aujourd'hui. S'il est

important que nous soyons curieux des recherches en cours et de leurs résultats, il est

tout autant important d'avoir des relations avec des praticiens des différents domaines

d'activité dans lesquels nous intervenons, contribuant ainsi à l'enrichissement de nos

réflexions, de nos savoirs et de nos savoir-faire. Il ne s'agit pas pour autant de rejeter notre patrimoine, mais, au contraire, de l'affiner et de l'actualiser pour mieux le promouvoir,

sans céder aux effets de mode qui peuvent constituer des pièges

redoutables, susceptibles de pervertir nos objectifs éducatifs. Nous accordons une

telle place aux activités, parce que l'activité nous apparaît à la fois fondatrice,

fédératrice et transversale si on lui donne toutes ses dimensions d'action mais aussi

de réflexions multidimensionnelles, s'inscrivant dans une(des) histoire(s). C'est, nous

semble-t-il, un bon moyen pour amener ceux qui la conduisent et ceux qui la vivent

vers l'Éducation nouvelle.

Sommaire Vivre des situations d'éducation nouvelle

Loin d'être une faiblesse, le fait que nous ayons nourri notre réflexion et notre

action de ce qui fut l'origine de notre implication directe – le centre de vacances –

en considérant l'activité comme le fondement (les fondations, les fondamentaux) de

l'apprentissage doit nous permettre, au contraire, d'avoir la certitude que l'activité

est bien la première condition pour faire vivre des situations d'Éducation nouvelle.

Nous sommes persuadés que notre action doit être menée en contact étroit avec

la réalité et que celle-ci est différente en externat ou en internat, avec des adultes

ou avec des jeunes, en formations courtes ou en formations longues. Nous sommes

certains que, si les principes de l'Éducation nouvelle peuvent s'appliquer dans tous

les cas, cette adaptation ne peut se faire sans l'expérience commune d'activités sur

lesquelles les participants réfléchissent ensemble pour pouvoir les mettre en oeuvre

selon des modalités diverses liées au contexte mais avec un état d'esprit identique.

Les points de vue ici présentés par une institutrice de grande section maternelle,

une professeure technique de la protection judiciaire de la Jeunesse et une ancienne

formatrice chercheuse à l'école nationale de la PJJ, chacune avec une approche

singulière, réaffirment l'importance de l'activité, de son intérêt, des conditions de

développement sur des terrains d'application divers.


Voir en ligne : http://www.cemea.asso.fr/spip.php?article7904

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